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Beneath / Beyond
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  • Beneath 14

  • Ensemble de 21 photographies couleur.

    Formats et techniques :
    Format H 86 X L 86 cm et H 86 X L 147 cm.
    Tirages Giclée sur papier Hahnemüle Fine Art, PhotoRag 308gr,
    contrecollage à froid, colle neutre sur aluminium Dibond,
    montage sur châssis.

    Format H 30 X L 30 cm et H 30 X L 51 cm.
    Tirages Giclée sur papier Hahnemüle Fine Art, PhotoRag 308gr,
    contrecollage à froid, colle neutre sur aluminium Dibond, cadre caisse américaine bois, H 41 X L 41 cm et H 41 X L 62 cm.

    Edition limitée à cinq exemplaires chaque.

    Sur des sacs de chantiers entassés près des cuves d’une chaufferie d’un bâtiment industriel, un jeune garçon est endormi. Plus tard, il attendra dans la loge d’une cuisine collective avant de reprendre sa marche somnambule dans les fondations de l’édifice.

    Il n’est engagé dans aucun rapport avec un autre. Ni adultes, ni enfants ne croisent ce garçon. Il erre dans les couloirs d’un lieu apparemment désaffecté, entre les ordinateurs amassés, le béton brut, les structures métalliques et les gravats. Un décor inconfortable et froid où seules les lumières des néons et des LED guident les pas de l’enfant aux pieds nus.  

    Pas d’inquiétude, pas de tristesse, aucun sentiment ne transparait dans les attitudes de ce garçon. Il se situe « en-dessous » des choses – de la vie-même, sociale –  non émergé, inexistant finalement à la surface de la terre.

    Parfois il s’extrait de son univers sous-jacent en se projetant dans de vastes paysages panoramiques, « au-delà » cette fois du domaine réel. Il chute dans les marais, tête la première, comme s’il basculait dans un autre niveau, il s’endort sur l’eau en se servant de sa couverture comme d’un nénuphar, ou sur la mousse végétale d’un désert de sable, toujours dans un rapport d’étrangeté au monde.

    L’enfant se dé-spatialise dans ces deux environnements. Le premier, industriel, est manipulé par l’homme mais celui-ci n’y est plus agissant. Le lieu est oublié, désaffecté. Si l’on considère ce mot dans son sens émotionnel, alors le garçon dans cet espace n’y subira aucune affliction, il peut y déambuler sans affect. Le deuxième environnement, naturel et sauvage, n’a pas encore été souillé par la main de l’homme. Là encore, sans les enjeux d’une interaction, l’enfant peut s’y sentir protégé, et ainsi, en passant d’un monde à l’autre, il est à même de s’extraire des situations émotionnellement périlleuses.

    Mireille Loup nous parle ici des « raptus (1) » de l’enfant, ces départs hors de la conscience ordinaire, mais aussi de l’intelligence « polytrope » (du grec polytropos : plusieurs changements / plusieurs tours), cette faculté d’adaptation polymorphe qui offre la capacité aux détours, à l’errance positive et dont Homère qualifia Ulysse, image du poulpe aux mille replis, insaisissable.

    En géométrie métrique, Beneath-Beyond (devant-derrière) est le nom d’un des algorithmes permettant la représentation de l’ensemble des points d’un polytope (du grec polytropos, il s’agit d’un polyèdre admis généralement comme convexe), c’est-à-dire de produire une équivalence des représentations des segments et faces qui sont devant, et des autres situées derrière. La mathématicienne irlandaise Alicia Boole Stott, qui inventa le terme de polytope à la fin du 19ème siècle, développa ses recherches sur la représentation des sections de ceux-ci en dimension 4 dans un univers de dimension 3. Pour comprendre la dimension 4, il faut faire abstraction du monde que nous pouvons seulement voir, celui en trois dimensions, et en imaginer un auquel nos yeux et nos sens ne donnent pas accès, considérant la dimension des faces cachées du polytope et dont la représentation diffère selon son déplacement dans l’espace (X, Y, Z), c’est-à-dire à un instant T.

    Avec Beneath-Beyond, Mireille Loup nous donne à voir comment certains algorithmes mentaux peuvent permettre une représentation des facettes invisibles par une faculté d’adaptation qui utilise l’imaginaire, le polytropos, en-deçà et au-delà d’un réel perceptible.

    Marquée par les œuvres remarquables traitant de l’isolement telles que Le silence de Ingmar Bergamn (film, 1963), la trilogie littéraire de Philipp Pulman His Dark Materials (A la croisée des mondes) et la nouvelle de Jules Supervielle L’enfant de la haute mer, Mireille Loup nous avait déjà donné à voir l’errance de l’enfance. On se rappellera cette fillette dans des paysages magnifiés lors de sa série Esquives réalisée en 2003-2005, treize ans plus tôt, dont deux photographies ont été acquises par le Fond National d’Art Contemporain. Dans le travail Esquives, accompagné d’un roman éponyme, elle nous parlait de l’isolement de sa propre enfance revisitée et sublimée. Avec Beneath /Beyond (2), elle nous invite aujourd’hui dans l’intériorité « polytrope » de son fils qui lui a demandé d’apparaître sur ces images, et négocie à nouveau avec ce sentiment d’étrangeté au monde, comme si l’histoire inlassablement se rejouait.

    Car lorsqu’on est enfant, comment parler de soi lorsqu’on ne possède pas les mots ? Au moins, il y a les images. Pour les enfants, les dessins. Pour Mireille Loup, des photographies comme des dessins, fabriquées, manipulées pour exprimer l’indicible, mettre en lumière ce qui ne se voit pas, sans émotion, sans drame mais dans une esthétique aseptisée qui permet de faire écho à beaucoup d’entre nous.

    (1) Terme psychanalytique apparu à la fin du 19ème siècle, le raptus est une forte perturbation du champ de la conscience, une pulsion puissante affectant brusquement le comportement. Madame Von Breuning étudiait fréquemment les « raptus » de Ludwig von Beethoven, ces « départs hors de la conscience ordinaire » dont le compositeur était coutumier dès l’adolescence. Nombreux écrivains parlent de ses états de transe, ses désertions momentanées et soudaines du monde prosaïque.

    (2) Résidence d’artiste au Lycée International de Luynes (Aix-en-Provence) avec une aide à la création du Ministère de la Culture dans le cadre de Marseille-Provence 2013 pour la réalisation des décors photographiques.

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    Beneath 02
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    Beneath 05
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    Formats et techniques :
    Format H 86 X L 86 cm et H 86 X L 147 cm.
    Tirages Giclée sur papier Hahnemüle Fine Art, PhotoRag 308gr,
    contrecollage à froid, colle neutre sur aluminium Dibond,
    montage sur châssis.

    Format H 30 X L 30 cm et H 30 X L 51 cm.
    Tirages Giclée sur papier Hahnemüle Fine Art, PhotoRag 308gr,
    contrecollage à froid, colle neutre sur aluminium Dibond, cadre caisse américaine bois, H 41 X L 41 cm et H 41 X L 62 cm.

    Edition limitée à cinq exemplaires chaque.

    Sur des sacs de chantiers entassés près des cuves d’une chaufferie d’un bâtiment industriel, un jeune garçon est endormi. Plus tard, il attendra dans la loge d’une cuisine collective avant de reprendre sa marche somnambule dans les fondations de l’édifice.

    Il n’est engagé dans aucun rapport avec un autre. Ni adultes, ni enfants ne croisent ce garçon. Il erre dans les couloirs d’un lieu apparemment désaffecté, entre les ordinateurs amassés, le béton brut, les structures métalliques et les gravats. Un décor inconfortable et froid où seules les lumières des néons et des LED guident les pas de l’enfant aux pieds nus.  

    Pas d’inquiétude, pas de tristesse, aucun sentiment ne transparait dans les attitudes de ce garçon. Il se situe « en-dessous » des choses – de la vie-même, sociale –  non émergé, inexistant finalement à la surface de la terre.

    Parfois il s’extrait de son univers sous-jacent en se projetant dans de vastes paysages panoramiques, « au-delà » cette fois du domaine réel. Il chute dans les marais, tête la première, comme s’il basculait dans un autre niveau, il s’endort sur l’eau en se servant de sa couverture comme d’un nénuphar, ou sur la mousse végétale d’un désert de sable, toujours dans un rapport d’étrangeté au monde.

    L’enfant se dé-spatialise dans ces deux environnements. Le premier, industriel, est manipulé par l’homme mais celui-ci n’y est plus agissant. Le lieu est oublié, désaffecté. Si l’on considère ce mot dans son sens émotionnel, alors le garçon dans cet espace n’y subira aucune affliction, il peut y déambuler sans affect. Le deuxième environnement, naturel et sauvage, n’a pas encore été souillé par la main de l’homme. Là encore, sans les enjeux d’une interaction, l’enfant peut s’y sentir protégé, et ainsi, en passant d’un monde à l’autre, il est à même de s’extraire des situations émotionnellement périlleuses.

    Mireille Loup nous parle ici des « raptus (1) » de l’enfant, ces départs hors de la conscience ordinaire, mais aussi de l’intelligence « polytrope » (du grec polytropos : plusieurs changements / plusieurs tours), cette faculté d’adaptation polymorphe qui offre la capacité aux détours, à l’errance positive et dont Homère qualifia Ulysse, image du poulpe aux mille replis, insaisissable.

    En géométrie métrique, Beneath-Beyond (devant-derrière) est le nom d’un des algorithmes permettant la représentation de l’ensemble des points d’un polytope (du grec polytropos, il s’agit d’un polyèdre admis généralement comme convexe), c’est-à-dire de produire une équivalence des représentations des segments et faces qui sont devant, et des autres situées derrière. La mathématicienne irlandaise Alicia Boole Stott, qui inventa le terme de polytope à la fin du 19ème siècle, développa ses recherches sur la représentation des sections de ceux-ci en dimension 4 dans un univers de dimension 3. Pour comprendre la dimension 4, il faut faire abstraction du monde que nous pouvons seulement voir, celui en trois dimensions, et en imaginer un auquel nos yeux et nos sens ne donnent pas accès, considérant la dimension des faces cachées du polytope et dont la représentation diffère selon son déplacement dans l’espace (X, Y, Z), c’est-à-dire à un instant T.

    Avec Beneath-Beyond, Mireille Loup nous donne à voir comment certains algorithmes mentaux peuvent permettre une représentation des facettes invisibles par une faculté d’adaptation qui utilise l’imaginaire, le polytropos, en-deçà et au-delà d’un réel perceptible.

    Marquée par les œuvres remarquables traitant de l’isolement telles que Le silence de Ingmar Bergamn (film, 1963), la trilogie littéraire de Philipp Pulman His Dark Materials (A la croisée des mondes) et la nouvelle de Jules Supervielle L’enfant de la haute mer, Mireille Loup nous avait déjà donné à voir l’errance de l’enfance. On se rappellera cette fillette dans des paysages magnifiés lors de sa série Esquives réalisée en 2003-2005, treize ans plus tôt, dont deux photographies ont été acquises par le Fond National d’Art Contemporain. Dans le travail Esquives, accompagné d’un roman éponyme, elle nous parlait de l’isolement de sa propre enfance revisitée et sublimée. Avec Beneath /Beyond (2), elle nous invite aujourd’hui dans l’intériorité « polytrope » de son fils qui lui a demandé d’apparaître sur ces images, et négocie à nouveau avec ce sentiment d’étrangeté au monde, comme si l’histoire inlassablement se rejouait.

    Car lorsqu’on est enfant, comment parler de soi lorsqu’on ne possède pas les mots ? Au moins, il y a les images. Pour les enfants, les dessins. Pour Mireille Loup, des photographies comme des dessins, fabriquées, manipulées pour exprimer l’indicible, mettre en lumière ce qui ne se voit pas, sans émotion, sans drame mais dans une esthétique aseptisée qui permet de faire écho à beaucoup d’entre nous.

    (1) Terme psychanalytique apparu à la fin du 19ème siècle, le raptus est une forte perturbation du champ de la conscience, une pulsion puissante affectant brusquement le comportement. Madame Von Breuning étudiait fréquemment les « raptus » de Ludwig von Beethoven, ces « départs hors de la conscience ordinaire » dont le compositeur était coutumier dès l’adolescence. Nombreux écrivains parlent de ses états de transe, ses désertions momentanées et soudaines du monde prosaïque.

    (2) Résidence d’artiste au Lycée International de Luynes (Aix-en-Provence) avec une aide à la création du Ministère de la Culture dans le cadre de Marseille-Provence 2013 pour la réalisation des décors photographiques.